Rencontre avec Carmen Maria Vega

Jeudi 30 janvier à 19h30

C’est avec une artiste aux multiples talents que nous commençons cette année 2020 en accueillant Carmen Maria Vega. Chanteuse et comédienne, elle signe aujourd’hui avec « Le Chant du bouc » un récit périlleux et fascinant, celui de l’histoire de son adoption. Son dernier album, «Santa Maria » sorti en 2017, sondait déjà les questions d’identités dans les grandes largeurs et évoquait la quête de ses propres origines Guatémaltèques. Ce livre autobiographique lève le voile sur une aventure incroyable mais aussi sur celle d’un pays en proie à la violence, la corruption et la peur. Dans ces conditions et en raison de l’histoire même du pays, difficile de retrouver la trace de son passé qui a basculé alors qu’elle était âgée de 9 mois. Outre le récit factuel de cette enquête, « Le Chant du bouc » est un témoignage personnel et politique dans lequel on découvre une écrivaine dotée d’un style direct, percutant, plein d’humour à l’image de sa personnalité scénique.

Le point de départ de ce voyage, une histoire d’amitié et de loyauté avec Vincent Simon, porte-parole en Europe de Rigoberta Menchu, aura permis de suivre efficacement le destin de cette famille en déjouant la complexité d’un peuple marqué par la défiance. En prenant conscience que la réalité de son adoption fut lié à un trafic d’enfants de grande envergure, Carmen Maria Vega livre un cheminement personnel qui l’a conduite de déconvenues en mensonges avérés, et qui l’oblige à œuvrer à son propre apaisement comme à celui de ses deux familles. Nul désir de vengeance dans ce livre mais un témoignage singulier doublé d’un désir de sensibiliser sur certaines pratiques frauduleuses.

 

 

Clôture des 10 ans avec… Murielle Szac

Mardi 3 décembre à 18h30

Parmi les innombrables activités éditoriales de Murielle Szac – notamment celle de diriger chez Actes Sud junior la collection « Ceux qui ont dit non » – il en est une que de nombreuses familles suivent depuis plusieurs années . En 2011, elle s’embarque dans l’écriture d’une série de feuilletons illustrés inspirée des héros de la mythologie grecque. Les aventures de ces héros sont racontés en cent épisodes de deux à trois pages chacun. En nous invitant dans le monde des Dieux, Murielle Szac interroge petits et grands sur les questions les plus universelles qui soient et leur fait redécouvrir, souvent ensemble, ce fabuleux patrimoine commun. Le côté feuilleton permet d’éprouver le suspens et l’excitation en attendant la suite. Après Hermès, Thésée et Ulysse, voici le quatrième volet conduit par la déesse Artémis. Pour l’occasion, elle a imaginé une lecture accompagnée d’un violoniste.

Aussi, pour clore notre dixième anniversaire, basculer dans une nouvelle décennie et en attendant Noël, c’est avec elle et ces personnages fabuleux que nous avons imaginé conclure cette année 2019 en compagnie des lecteurs de tous âges. Coussins, couvertures, duvets, tapis, pantoufles sont les bienvenus pour se mettre à l’aise à cette veillée musicale, sans oublier vos oreilles grandes ouvertes !

 

10 ans avec… André Markowicz et Françoise Morvan

Jeudi 28 novembre à 19h30

En dix ans d’existence, la librairie La Voie aux Chapitres accueilli plusieurs fois André Markowicz… comme traducteur ou comme auteur ou un peu des deux à la fois. Aujourd’hui nous le recevons en tant qu’éditeur, c’est une première. Françoise Morvan qui a signé avec lui les traductions d’Anton Tchekhov chez Actes sud devient la complice de création d’une maison d’édition baptisée « Mesures ». Un nouvel outil de travail et de transmission pour ces deux passionnés de textes et de cultures. Chacun d’eux pourra y publier les livres qui lui semblent indispensables, qu’ils soient inédits ou disparus. Cette maison existe depuis un ans et compte cinq livres dont quatre recueils de poésie de Françoise Morvan appartenant tous à une série intitulée « Sur champs de sable ». Le cinquième est une traduction d’André Markowicz, « Le dernier départ » que Guennadi Aïgui écrivit en 1988 lors de son premier voyage hors d’URSS.

L’esprit de la Maison est inspiré par celui Charles Reznikoff : petits tirages, diffusion raisonnée, qualité de l’objet à l’extérieur comme à l’intérieur avec cette promesse de l’inscrire dans le temps. Aussi, nous ne sommes pas loin de considérer cette rencontre comme un privilège. Nous nous en faisons, en tous cas, une joie !

10 ans avec… Sorj Chalandon

Mercredi 13 novembre à 19h30

Avec « Une Joie féroce », nous laissons l’ancien reporter de Libération dont nombre de romans ont été inspirés par ses notes personnelles pour découvrir que Chalandon le romancier est capable de prendre sa plume féminine pour raconter une épopée menée par un quatuor de femmes touchées par la maladie. La narratrice, Jeanne, secrète et déjà éprouvée par la vie, apprend qu’elle est atteinte d’un cancer et se retrouve seule à affronter la peur et la perte de dignité. Mais au cours de ses séances de chimiothérapie, elle va faire la connaissance de trois autres femmes qui partagent avec elle cette douloureuse traversée. De cette rencontre va naître une complicité indestructible par laquelle elles scelleront un pacte secret. Nous sommes une nouvelle fois au cœur du tragique et une nouvelle fois, Sorj Chalandon nous fait la démonstration de la solidarité humaine, de celles qui permettent de résister et de vaincre.

Comme dans le « Quatrième mur » à l’occasion duquel il nous avait rendu visite, « Une Joie féroce » explore le thème de l’amitié forte qui n’est jamais loin de la trahison. C’est là qu’on reconnaît le romancier ainsi que dans la densité de son écriture, sa sensibilité à vif, la conviction forcenée qu’il met au service de la nature humaine, transformant la vulnérabilité, la fragilité et la faiblesse en force herculéenne et le désespoir en joie féroce. En plus de l’évidence avec laquelle il se glisse dans la peau d’une femme, il y a aussi dans ce roman une éblouissante justesse dans l’abord de la maladie. « Le cancer n’est pas un rhume. Le cancer ne s’attrape pas, c’est lui qui vous attrape. Dans le mot cancer, il y a de l’injustice. De la traîtrise. C’est le corps qui renonce. Qui cesse de vous défendre. C’est une écharde mortelle. Un visiteur du soir que l’on voit se faufiler en tremblant. »

10 ans avec… Brigitte Giraud

Jeudi 7 novembre à 19h30

C’est d’un courage remarquable que s’arme Livio, jeune lycéen de 17 ans, pour se lancer dans une heure d’exposé d’histoire qui va lui permettre de révéler à ses camarades de classe le secret de son homosexualité. C’est une – voire deux !- leçons de tolérance que soumet Brigitte Giraud à la réflexion de ses lecteurs avec ce nouveau roman. En effet, Livio s’est porté volontaire auprès de sa professeure d’histoire pour réaliser un exposé à propos des premiers autodafés nazis. En élève curieux et consciencieux, il tombe au fil de ses recherches sur la figure de Magnus Hirschfeld, médecin juif allemand, qui lutta pour l’égalité hommes-femmes et pour les droits des homosexuels au début du XXème siècle. Cent ans séparent Hirschfeld et Livio et la découverte du plus jeune va agir comme une étincelle et lui donner ce fameux courage.

Car Hirschfeld a créé dans le Berlin des années 30, un institut de sexologie, lieu de recherches et de consultations. Lui et ses amis ont rassemblé vingt mille volumes autour du sujet. Une bibliothèque unique qui sera détruite le 6 mai 1933, prise d’assaut par des étudiant berlinois. En plaçant son roman dans la contrainte de l’unité de lieu et de temps, Brigitte Giraud, observe minutieusement un microcosme d’adolescents recevantaujourd’hui à la fois un épisode historique dont ils ignorent tout et la confidence intime et politique de leur camarade. Le processus que Livio a intelligemment mis en place est de montrer à quel point le sort de Hirschfeld le touche personnellement. Et révéler ainsi à quel point son secret l’étouffe. En s’appuyant aussi sur le contexte intellectuel de la tragédie de Hirschfeld, Brigitte Giraud donne une envergure littéraire forte à sa démonstration.