Archive for the 'Littérature' Category

Rencontre avec Grégoire Damon pour son roman « Fast-food » chez Buchet-Chastel, collection Qui Vive

Jeudi 14 juin à 19h30

Grégoire Damon est depuis longtemps familier dans le paysage de la librairie où il peut prendre divers aspects. Avant tout, comme poète, les trois recueils publiés au Pédalo Ivre (« D’origine », « Mon vrai boulot » et « De gras et de nerfs ») se sont fait une place confortable dans nos rayons. Ensuite comme visiteur, ses apparitions et déambulations dans nos bibliothèques s’ensuivent de quelques mots, idées, avis, découvertes échangées ça et là. Enfin, comme chroniqueur, nous attendons comme le facteur, tous les deux mois avec une fidélité sans faille, la « belle histoire de Tonton Grégoire » publiée dans le magazine gratuit ludo-participatif jeunesse « Patatras Mag , le magazine qu’il est à toi !».

Nous sommes par conséquent très heureux de l’accueillir comme romancier, qui plus est pour un roman qui ne manque pas de gras ni de nerfs ! De gras, parce qu’il raconte la vie quotidienne d’une équipe de préparateurs de hamburgers dans un « fast-food ». Plus ou moins solidaires face à un système managérial intraitable, ces jeunes gens balancent entre leur adaptation aux règles du rendement et de l’exploitation et leurs aspirations personnelles. De nerf, parce que la plume de Grégoire Damon est ainsi, nerveuse, directe, efficace sachant ausculter le monde sans occulter sa part d’humain. « Fast-food » fait partie de ces romans engagés sans être prosélytes, observateurs sans être journalistiques. Il braque la caméra à hauteur d’hommes et capte ainsi leurs questionnements et leur inventivité. Sans nul doute qu’il ait été inspiré par une expérience vécue, ce livre est empreint de réalisme et de poésie.

 

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Rencontre avec Gilles Clément pour « Le grand B.A.L. » aux éditions Actes Sud

Mercredi 30 mai à 19h30

Il est à la fois simple et difficile de présenter Gilles Clément. Le travail de réflexion qu’il mène depuis de nombreuses années à partir de son observation du génie naturel de la planète en fait certainement un des penseurs les plus importants de notre époque. Pour preuve, il a été amené à créer des jardins dans le monde entier car son élaboration philosophique du jardin planétaire et du jardin en mouvement a évidemment quelque chose d’universel. Il peut être à la fois abordé comme un jardinier attentif et philosophe ou comme un savant passionné par des phénomènes naturels encore mal connus et par l’inter-dépendance de l’homme avec son environnement. Ce qui frappe également chez cet homme de science c’est son sens de l’humour et son humilité.

Si Gilles Clément n’est pas habituellement un romancier, il utilise, avec « Le grand B.A.L. », la science-fiction comme un moyen d’imaginer un scénario-catastrophe du point de vue écologique. Mais surtout, il interroge la toute puissance de l’être humain et son désir de maîtrise absolue. A la suite d’une impitoyable « guerre des nuages » qui a décimé une forte proportion des espèces naturelles, le « Bureau » se trouve tout à coup ébranlé par la disparition de la musaraigne Zéphirine. Le plus petit des mammifères est en train d’échapper au système de contrôle. C’est le prétexte pour l’auteur de mettre en relief une galerie de personnages baroques se laissant dépasser par cet événement. C’est aussi l’occasion pour Gilles Clément de dévoiler un style généreux, bourré de néologismes savoureux, et qui fait la part belle à l’inventivité et à l’humour !

 

Gilles Clément sera également à l’Institut Lumière le jeudi 31 mai pour la projection du film d’Olivier Comte

 

Rencontre avec Christos Ikonomou, lauréat du Prix littéraire des jeunes Européens

Jeudi 26 avril à 19h30

Dans le cadre de la semaine culturelle européenne et francophone, nous accueillons Christos Ikonomou, lauréat du Prix Littéraire des jeunes Européens 2018. Il est l’auteur – grec – de plusieurs recueils de nouvelles dont deux ont été traduits en français et publiés par les éditions Quidam. Le plus ancien des deux « Ça va aller, tu vas voir », paru en mars 2016 fait l’objet de ce prix et de cette rencontre et avait déjà reçu le Prix d’État pour la nouvelle. Il parut peu après la crise économique et européenne que la Grèce traversa entre 2008 et 2010, lourde de conséquences sur la population.

Ces histoires si sombres devraient susciter en nous un cafard profond. On découvre peu à peu pourtant que leur nuit est sourdement éclairée, écrit Michel Volkovitch, leur traducteur, dans sa postface. Ces nouvelles qui ont toutes pour point commun le Pirée, sont d’un réalisme sans fard et d’une cruelle banalité. Mais une vraie dignité habite toutes ces personnes qui voient leur vie partir par petits bouts. Cette sorte de calme, ou d’hébétude peut-être, avant la folie, avant que ça ne craque pour de bon. Et on entend en écho la voix de la Grèce : « Petit bout par petit bout ils me prennent tout ».

Rencontre avec Emmanuelle Guattari pour « Rosa Panthère » aux éditions Mercure de France

Jeudi 05 avril à 19h30

Il en va des livres d’Emmanuelle Guattari comme de l’intemporalité en peinture. En cinq romans, son écriture ciselée crée des images, forçant sur des détails, s’affranchissant de la chronologie, mêlant réel et irréel avec une précision d’équilibriste. Est-ce son enfance si singulière, (elle a grandi entre folie, fratrie et philosophie à la clinique de La Borde, co-fondée par son père) qui donne à son écriture une dimension très onirique et un sens absolu de l’observation, des tourments et des questionnements. Il est rare de croiser autant de précision quant au matériau et au format ce qui fait que déjà, de « La petite Borde » en 2012 à « Rosa Panthère » aujourd’hui, on a l’impression de voir se dessiner une œuvre où chaque ouvrage vient éclairer les précédents d’une nouvelle lumière.

Rosa Panthère est un livre onirique et nostalgique qui évoque un amour d’enfance, une admiration fondatrice mais aussi la disparition et le manque qui le sont tout autant. Par la voix de sa narratrice, Emmanuelle Guattari évoque un personnage féerique, James, mi-magicien, mi-dompteur d’oiseaux dont le rapport au monde est insaisissable et poétique et qui a lui-même baptisé la narratrice – devenue danseuse – du nom de Rosa Panthère. Au fil du roman, on se rapproche des racines de cet amour alors que le basculement de James « dans l’autre monde » est de plus en plus mystérieux.

Parce qu’Emmanuelle Guattari nous apporte régulièrement une pièce supplémentaire à la compréhension de son exigeant univers littéraire, une étape de discussion s’imposait. C’est ce parcours en écriture que nous vous invitons à découvrir.

Rencontre avec Antoine Choplin pour son roman « Quelques jours dans la vie de Tomas Kusar »

Mercredi 10 mai à 19h30


Les « quelques jours » dont il est question dans le dernier roman d’Antoine Choplin s’égrainent sur une dizaine d’années en racontant les moments clé d’une histoire d’amitié et d’engagement. Il s’agit de la rencontre entre un cheminot d’une petite ville de Tchécoslovaquie, timide, passionné de nature et de photographie et le dramaturge, dissident au régime communiste qui devint Président de la République Tchécoslovaque en 1989, Vaclav Havel. C’est à l’issue d’une représentation théâtrale chahutée par les ouvriers de Trutnov que les deux hommes vont se parler pour la première fois. Cinq ans plus tard, alors que Havel tente de se faire oublier de la police pragoise en travaillant dans une brasserie, ils se retrouvent et se reconnaissent…

Avec, entre autres, Radeau, Le Héron de Guernica et le magnifique Une Forêt d’arbres creux (son avant dernier roman), Antoine Choplin nous a appris à regarder l’Histoire par le petit bout de la lorgnette. Si Vaclav Havel est évidemment une figure majeure de l’histoire de la Tchécoslovaquie, c’est par la sensibilité de Tomas Kusar, par sa compréhension du personnage de Havel, par sa prise de conscience politique et finalement par sa décision participer au combat que nous traversons le roman. Et l’art du romancier est de nous faire ressentir les bouleversements successifs des consciences humaines qui mèneront au grand bouleversement politique d’un pays. Antoine Choplin n’a pas d’égal pour raconter ce genre d’histoires, il le fait avec sensibilité, précision et un sens de l’ellipse comme de l’image qui marquent à tous les coups. Quelques jours dans la vie de Tomas Kusar allie encore une fois le plaisir de la lecture et l’enrichissement de la mémoire.